
Les Lumières ont fait de l’autorité une question inquiète. Quand il n’y a plus ni transcendance ni nature normée, l’autorité purement humaine révèle sa fragilité et son ouverture à une contestation indéfinie. Pourtant, au goût de la liberté, note Jean Starobinski, répond un désir d’ordre. On cherche un nouvel « art social » capable de concilier les deux. Les Lettres persanes sont marquées de cette tension. Usbek, « philosophe entravé » (Jean Goldzink), déplore, entre autres, la perte d’autorité des pères et des époux. Le siècle des Lumières a sans doute moins cherché à saper l’autorité qu’à en chercher les « véritables » fondements, ou du moins d’autres fondements : tel est bien l’objet du Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, que de révéler « la connaissance des fondements réels » de la société politique (Rousseau, Œuvres complètes, Pléiade, t. 3, p. 124).
Qu’est-ce alors qu’une « authentique » autorité ? En existe-t-il même, pour introduire un adjectif dont la naissance peut également être rapportée au siècle des Lumières (Charles Taylor, Les Sources du moi) ? Alors que l’autorité, qu’elle soit religieuse, politique, paternelle ou civile se trouve désacralisée, sur quelles bases l’établir désormais ? Educateurs, écrivains, artistes, savants : quelles autres figures d’autorité se font jour ?
Contestation, refondation, et transformation des autorités : tels sont les mouvements complexes dont nous voudrions dessiner le tableau, en ce moment d’étrange nostalgie de l’autorité, de défaut de légitimité du pouvoir, dans une société pourtant toujours plus contrôlée.



