Selon Aristote, l’étonnement est étroitement lié au désir de connaître, en ce qu’il nous pousse vers l’observation minutieuse et provoque l’enquête qui tend à l’élucidation des causes des phénomènes. Peut-on alors penser que l’émerveillement, cet étonnement fasciné devant une chose inconnue ou énigmatique, tient le rôle d’aiguillon du savoir ?
Le présent colloque souhaite, confrontant textes et iconographie, interroger la place et l’enjeu de l’émerveillement dans le contexte savant du 16e au 18e siècle, une longue durée marquée par de nombreuses découvertes au plan scientifique et technique. Il entend permettre de dessiner ainsi des lignes de force, ciblant certains objets ou certaines nuances de l’émerveillement, en étudiant leur ancrage historique – certains sont topiques depuis l’Antiquité – comme leur connotation changeante. Si en effet l’émerveillement pourrait sembler constituer un lieu commun de la réception des « singularités » de la nature ou de l’art, au point que les mirabilia jouent un rôle essentiel dans l’acquisition des savoirs durant la première modernité, cette modalité de la réception se maintient en empruntant d’autres formes au sein des Académies fondées au 17e siècle et des cabinets de physique ou des expériences publiques de vols d’aérostats au 18e siècle. Tantôt traité comme un élan, tantôt comme une blâmable naïveté, l’émerveillement constitue un point de tension essentiel dans le rapport au savoir : doit-il se dissiper devant l’encyclopédisme ou au contraire l’accompagner ?



