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Séminaire Qu’est-ce qu’un lecteur Philosophe ?

14 janvier 2026
INSPE Académie de Bordeaux et à distance

Organisation

magali.fourgnaud@u-bordeaux.fr

À la croisée de la philosophie, de la littérature et de la didactique, la réflexion collective que nous proposons autour du « lecteur-philosophe » vise à conceptualiser cette notion pour en explorer la fécondité et ouvrir de nouvelles perspectives de recherche interdisciplinaires.
En 1768, dans la sixième édition de ses Essais sur divers sujets de littérature et de morale, l’abbé Trublet formule l’un des paradoxes que nous souhaiterions interroger. Selon lui, il existe bien une manière philosophique de lire les pièces de théâtre et les romans « qui fait, pour ainsi dire, changer la nature de ces ouvrages » : « Ils deviennent des livres philosophiques entre les mains d’un lecteur Philosophe ; ils le font et sentir et penser. En réfléchissant sur les sentiments qu’ils excitent en lui, en cherchant les causes de son plaisir, il s’instruit sur la nature de l’art qu’on a employé pour lui plaire ; et, ce qui est bien plus important encore, il apprend à se connoître lui-même, à connoître l’homme . » Paradoxalement, dans le même ouvrage, au chapitre consacré à la lecture, Trublet distingue les lecteurs qui se laissent remuer vivement, du « lecteur philosophe », capable de « démêler les différences délicates qui sont entre les objets » et qui ne se laisse pas rebuter par des propos un peu abstraits.
Ces tensions entre une lecture raisonnante et distanciée et une lecture plus sensible et émotionnelle sont au cœur des réflexions actuelles sur la lecture littéraire (Dufays, 2015). Elles nous interrogent aussi sur la part respective du jugement rationnel et de l’affect ou de la sensibilité dans la réception des textes du corpus philosophique, et au-delà dans la formation des citoyens (Nussbaum, 2010). Nous sommes ainsi encouragés à élargir notre attention accordée à la « matière » ou au contenu conceptuel et théorique des textes philosophiques et à prendre en considération leur « manière », soit l’écriture des philosophes et ses effets sur leurs lecteurs. Une telle réflexion nous invite également à étudier plus avant les enjeux philosophiques de certains textes littéraires, par exemple les contes des Lumières, destinés à un public adulte éclairé (Fourgnaud, 2016) ou certains textes relevant de la littérature dite de jeunesse, et, in fine, à nous interroger sur la portée philosophique de l’expérience de lecture elle-même.
On le voit, le chantier est vaste et invite à un questionnement sur la poétique et sur la réception des textes littéraires et philosophiques pour imaginer de nouvelles approches didactiques et pédagogiques en vue de former un lecteur plus actif, plus éclairé et plus critique.

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