Appel à Communication

« Politiquer » par lettre

8-9 octobre 2026 et 1er-2 avril 2027
Perugia (Italie) et Brest

Date d’échéance
Lundi 15 juin 2026
Organisation

Comité d’organisation : Marianne CHARRIER-VOZEL (Université de Bretagne Occidentale et de Rennes), Francesca PISELLI (Università degli Studi di Perugia) et Fausto PROIETTI (Università degli Studi di Perugia)

Propositions de communication avec titre et résumé de 300 à 400 mots à envoyer avant le 15 juin 2026 à politiquer.par.lettre[at]gmail.com.

Les communications seront d’une durée de 20 minutes. Leurs langues seront le français et l’italien.
Une publication des actes, en langue française, est prévue en 2028, après évaluation en double aveugle.

La lettre ne constitue pas seulement un vecteur de communication politique : elle en est l’un des laboratoires historiques. Dès la Renaissance, les manuels épistolaires révèlent combien l’écriture des lettres participe à la gestion des affaires d’État, à la négociation diplomatique et à la construction de l’autorité. À la fois espace de confidence et instrument stratégique, la lettre se situe au point de tension entre sphère privée et action publique. Lettres de conseils, lettres de recommandation, lettres de conciliation, de demande de protection ou lettres de louange : les modèles proposés par les manuels épistolaires témoignent des normes discursives à l’œuvre dans la construction des interactions sociales.

L’histoire culturelle de la correspondance a été profondément renouvelée ces dernières décennies, qu’il s’agisse des travaux de Roger Chartier sur les pratiques de l’écrit, d’Armando Petrucci sur la culture graphique, de Daniel Roche sur les sociabilités, ou encore des études consacrées à la rhétorique et à la poétique de la lettre (Janet Gurkin Altman, Bernard Bray, Geneviève Haroche-Bouzinac). Parallèlement, l’histoire des concepts politiques (Reinhart Koselleck), les recherches sur les transferts culturels (Michel Espagne) et l’analyse du discours politique (Patrick Charaudeau, Dominique Maingueneau) ont mis en lumière le rôle central des formes langagières dans la structuration des espaces publics modernes.

Cependant, instrument d’alliance et de mobilisation, espace de débat politique, ainsi qu’outil d’affirmation de l’autorité, la lettre politique demeure souvent abordée soit comme source documentaire, soit comme objet littéraire, plus rarement comme espace de production discursive du politique, où se construisent :

  • des formes d’autorité et d’ethos,
  • des communautés d’appartenance,
  • des circulations lexicales et conceptuelles,
  • des stratégies de persuasion et de légitimation.

En outre, les relations franco-italiennes – particulièrement fécondes à l’époque moderne et contemporaine – invitent à une analyse fine des phénomènes de traduction, de transfert et de re-sémantisation du lexique politique. La lettre apparaît ainsi comme un lieu privilégié d’observation des dynamiques transnationales.

Ce colloque propose d’explorer, dans une perspective diachronique, la manière dont l’épistolaire ne reflète pas simplement le politique mais contribue à le produire. Il réunira des spécialistes et des jeunes chercheurs et chercheuses afin de mettre en lumière la place de la lettre comme genre discursif majeur dans l’histoire des idées et des luttes politiques.

Les axes de communication suivants seront privilégiés, sans être exclusifs :

  • théories et pratiques de l’écriture épistolaire politique ;
  • lettres et pouvoir : formes d’autorité, persuasion et stratégies de communication ;
  • correspondances, réseaux et circulation des idées politiques entre France et Italie, et au niveau européen et international ;
  • ambiguïtés du discours épistolaire (privé/public, intime/collectif, confidence/propagande) ;
  • langue, lexique et style ;
  • héritages et prolongements contemporains : de la lettre politique aux médias numériques.

Une attention pourra être portée à la dimension comparative, notamment entre les traditions française et italienne, tout en ouvrant la réflexion à d’autres contextes européens et aux résonances contemporaines de l’écriture politique (réseaux sociaux, tweets).
Le colloque est ouvert à tous les chercheurs et à toutes les chercheuses de toutes disciplines.