Appel à Communication

(L)imite : imitation et limitations à l’Époque moderne en France et en Europe

3-4 juin 2027
Université de Rouen-Normandie, Mont-Saint-Aignan

Date d’échéance
Mercredi 2 décembre 2026
Organisation

Responsables :

Federico Siragusa, Antoine Marchand, Nolwenn Pamart, Alice de Nanteuil, Pauline Philipps, Amélie Briard, Audrey Gôme

Contact : colloquelimite@protonmail.com

Les propositions ne devront pas excéder 500 mots et seront accompagnées
d’une brève notice biobibliographique et de 5 mots-clés. Les propositions feront l’objet d’une double
évaluation par le comité d’organisation et le comité scientifique ; les résultats
seront communiqués au plus tard le 15 décembre prochain.
Les actes du colloque feront l’objet d’une publication.

L’Époque moderne, tant d’un point de vue littéraire qu’historique, couvre la période allant de la Renaissance (fin du 15e siècle) jusqu’aux révolutions du 18e siècle – siècle dit des « Lumières » (Age of Reason ou Englightenment en anglais) – qui bouleversent l’ensemble de l’espace européen.

Cette longue période marque en Europe un profond renouvellement intellectuel et artistique, nourri par un contact approfondi avec les sources antiques, et indissociable d’un réinvestissement de la théorie de la mimèsis comme image du réel. La notion s’avère doublement ambiguë, par sa double origine (platonicienne et aristotélicienne) et sa double valeur : comme représentation idéalisée ou comme imitation. Sur le plan pictural, le développement de la perspective — notamment à travers le De pictura de Leon Battista Alberti (1435) et le De prospectiva pingendi de Piero della Francesca (1472, publié en 1482) — s’inscrit dans la dernière de ces orientations : l’œuvre d’art se pense comme une image fidèle, ou trompeuse, du réel. Sur le plan littéraire, l’importance de la notion esthétique de vraisemblance et son corrélat éthique, le decorum — soit l’influence de la Poétique d’Aristote infléchie par la lecture d’Horace — participent d’un système de représentation où le rapport au réel est plus médiatisé.

Si l’imitation (du latin imitatio qui traduit mimèsis) se présente ainsi d’un côté comme image du réel, elle renvoie de l’autre à une pratique référentielle d’émulation et de reprise. En effet, l’imitation artistique se conçoit, à partir des théoriciens italiens du 16e siècle, moins comme une imitation directe de la nature (fût-elle « belle nature » idéalisée), que comme une imitation des écrivains grecs et romains, considérés comme les modèles d’une bonne imitation. La pratique la plus répandue consiste à citer ou à s’approprier des idées, des formules, des topoï empruntés aux Anciens, à ses prédécesseurs ou ses contemporains. Cette référentialité essentielle est rarement explicitée à l’époque considérée, car la citation sans mention de sa source est précisément ce qui manifeste, alors, l’érudition de l’auteur. Il en résulte des textes où les frontières entre texte originel et texte de reprise s’effacent — et où l’imitation est autant redéploiement que délimitation. Le voyage en Italie, pratiqué par de nombreux auteurs de toute l’Europe, est conçu comme un retour aux sources où l’artiste vient s’immerger parmi les traces laissées par les Anciens, espérant alors, fort de ce contact direct malgré les siècles, pouvoir au mieux les imiter. Goethe, l’un de ces auteurs voyageurs, n’hésite pas à se mettre en scène dans « la campagne romaine », selon le titre du portrait de Tischbein. De son côté, Winckelmann relance le débat sur l’imitation absolue des Anciens, et en particulier de l’Antiquité grecque, jusque dans les modes de vie : alors que des genres modernes comme les contes et les romans picaresques, en rupture affichée avec l’Antiquité et favorisant une logique parfois du débordement, connaissent un succès croissant dans toute l’Europe, la fin de la période voit donc aussi un retour volontiers outré à l’imitation et à la (dé)limitation en littérature et dans les arts en général.

C’est précisément ce passage de l’imitation à la limitation qui constituera le fil conducteur de ce colloque, dans toute la diversité de ses manifestations.