Appel à Communication

Scientia et Labore.
Science et travail dans les mondes anglophones des 17e et 18e siècles

19-21 novembre 2026
Lyon

Date d’échéance
Lundi 30 mars 2026
Organisation

50e congrès de la Société d’Études Anglo-Américaines des XVIIe et XVIIIe siècles (SEAA1718).

Comité d’organisation : Samuel Baudry (Université Lyon 2, IHRIM), Agnès Delahaye (Université Lyon 2, TRIANGLE), Frédéric Herrmann (Université Lyon 2, TRIANGLE), Pádraic Lamb (Université Jean-Monnet Saint-Étienne, IHRIM) et Baudouin Millet (Université Lyon 2, LCE), avec le soutien des laboratoires Triangle (UMR 5206, ENS de Lyon), IHRIM (UMR 5317, ENS de Lyon) et LCE (Lettres et Civilisations Étrangères, Université Lumière – Lyon 2).

Propositions de communication d’environ 500 mots avec notice biographique (150 mots) à envoyer à congres1718lyon2026[at]gmail.com pour le 30 mars 2026.

Une sélection des communications sera publiée sous l’égide de la SEAA1718.

Le thème de ce cinquantième congrès de la SEAA XVII-XVIII s’inspire de la devise de l’Université Lumière Lyon 2 où se déroulera l’événement. L’ambition de ce congrès est de fédérer les travaux récents sur l’évolution des sciences et des savoirs et sur la manière dont ils ont contribué à transformer le travail à l’époque moderne dans une perspective britannique, atlantique et mondiale. Il s’agira d’interroger la modernité religieuse, philosophique et politique qui caractérise les XVIIe et XVIIIe siècles britanniques et américains sous l’angle pratique de l’évolution des sciences et des techniques. Ces changements s’incarnent également dans de nombreuses formes esthétiques et littéraires, qui reflètent et nourrissent l’orientation utilitaire donnée au savoir par la nouvelle science expérimentale.

Plusieurs axes peuvent être envisagés, présentés ici par souci de clarté dans un ordre chronologique, mais sans qu’il soit requis que les propositions suivent cette périodisation.

L’appropriation des savoirs antiques

Un premier axe porte sur l’appropriation des savoirs antiques dans l’époque prémoderne et moderne, comme la permanence et les résurgences de la poésie inspirée d’Hésiode (Les Travaux et les jours) et de Virgile (Les Géorgiques), qui annoncent la poésie didactique du XVIIe siècle et du XVIIIe siècle (celle d’Erasmus Darwin, par exemple). Quelles inflexions cette poésie didactique impose-t-elle à la conception du savoir au cours des deux siècles qui vont de la Renaissance au Romantisme ? Quels sont la part et le rôle de la science et du travail dans les poèmes d’Alexander Pope An Essay on Criticism (1711) et An Essay on Man (1733-1734) ? Comment les poètes de l’époque (George Crabbe, William Blake) interrogent-ils la notion de travail ? Dans le domaine du roman, science et travail pourront être étudiés à l’aune des réécritures du roman hellénistique que proposent The Arcadia (c. 1570-1580) de Sir Philip Sidney, et L’Astrée (1607-1627) d’Honoré d’Urfé, traduite en anglais par John Davies en 1657. On pourra également se pencher sur les formes fictionnelles de langue anglaise annonciatrices des romans pastoraux de l’époque victorienne (par exemple, ceux de Thomas Hardy). On se demandera selon quelles modalités le roman du XVIIIe siècle entretient des liens nouveaux avec divers domaines du savoir, comme l’empirisme, le scepticisme, ou la théorie de la connaissance de John Locke. Robinson Crusoé (1719) serait ainsi un exemple de travail éclairé par la raison, l’ingéniosité et le savoir technique. On peut citer notamment les travaux de Michael McKeon sur les « origines » épistémologiques du roman anglais et les débats historiographiques auxquels ces derniers ont donné lieu.

Le savoir comme moyen d’amélioration concrète du monde

Un deuxième axe concerne l’évolution du savoir, qui n’est plus une fin spéculative en soi, mais devient un moyen d’amélioration concrète du monde, un outil de rationalisation du savoir-faire et de transformation du travail dans l’agriculture, l’artisanat, la métallurgie et la mécanique, ainsi que dans les pratiques médicales de gestion du corps sain et du corps malade, comme celle de l’inoculation par exemple. On pourra en particulier étudier l’enracinement de la pensée empirique, depuis Francis Bacon, la création de la Royal Society (1660), les contributions de Robert Boyle et d’Isaac Newton en métropole, et de John Winthrop, Jr. ou Cotton Mather en Nouvelle-Angleterre, jusqu’à leur prolongement et leurs circulations dans l’empire au XVIIIe siècle. Les méthodes d’approche du savoir prônées à cette époque, telles que l’observation, l’induction et l’expérimentation peuvent être relues au prisme de nouvelles recherches en épistémologie des sciences, en particulier sur le rôle et le statut donnés aux fictions de l’ignorance.

La figure du savant

Le troisième axe retenu touche au rôle, à la place et à la figure du savant dans les sociétés et dans les cultures anglophones, dans et hors les universités, et les liens entre religion et savoirs séculiers, alors que l’Angleterre s’ouvre au monde et formule sa destinée impériale. On analysera par exemple l’émergence des formes d’écriture scientifique, comme les règles de la véracité et de la preuve. Le savant se représente dans ses propres écrits : il pose son autorité, proclame ses travaux d’utilité publique, se présente souvent plus comme un “ingénieur” prônant un savoir appliqué et il pose les jalons de son apprentissage et de son “métier” à la manière des artisans. Les figures du savant et de l’artisan, des hommes mais aussi des femmes, deviennent des sujets de représentation, à la manière des toiles de Joseph Wright de Derby, qui montrent des scènes d’ateliers ou de laboratoires illuminés à la bougie et font de l’activité scientifique un objet esthétique légitime.

Print culture

Print culture offre un quatrième axe d’étude possible, portant sur la collecte, la traduction et la diffusion des savoirs littéraires et scientifiques anglais et européens, comme les ont pratiquées les éditeurs de Shakespeare, de Nicholas Rowe à Edmond Malone, ou les collectionneurs et cosmologues comme Samuel Purchas ; sur la circulation et l’usage des manuscrits ; sur l’évolution des techniques de l’imprimé, et l’histoire du livre, sans oublier l’explosion de la presse périodique au XVIIIe siècle, depuis les journaux savants comme le Spectator et les premières Reviews jusqu’aux magazines et la première presse féminine, et l’importance de celle-ci dans la circulation de l’innovation au sein de l’empire.

Techniques agricoles, maritimes, industrielles et commerciales

Un cinquième axe portera sur les techniques agricoles, maritimes, industrielles et commerciales qui ont accompagné l’essor commercial britannique, l’évolution de la consommation en métropole et dans les colonies (tabac, thé, sucre, textile et bois précieux) et leurs représentations dans la littérature, ainsi que sur l’émergence de professions et d’organisations nouvelles, comme les clercs et les avocats formés à la gestion foncière et commerciale dans les Inns of Court, et les compagnies et corporations coloniales (crédit, assurance, modes d’association marchande). On pourra mobiliser la notion de improvement (Paul Slack, 2015) pour interroger la dimension culturelle de l’émergence d’une gentry qui trouve dans son travail justification à sa position sociale et politique et son autonomie proprement masculine gagnée par la compétence combinant propriété et travail.

On analysera également les effets d’un travail repensé et structuré par la science et les effets d’une nature maîtrisée et domptée par la rationalité et le progrès. Alors que le travail devient plus mécanisé et plus divisé (ce qu’observe Adam Smith dans sa conceptualisation du marché et de la valeur travail), une nouvelle hiérarchisation de la société par le travail s’impose des deux côtés de l’Atlantique.

Quelles furent les conceptions techniques et scientifiques d’une gestion des populations ouvrières, libres sous contrat ou esclaves, car l’esclavage est un élément central de la construction de l’empire, et quelle contribution ces savoirs ont-ils apportée aux libertés républicaines qui se veulent l’incarnation de la modernité politique ?

L’échange des savoirs

On pourra étudier dans un dernier axe les formes de sociabilité nouvelles autour de la production et des échanges de savoirs scientifiques sur la nature, la mer et le commerce, et l’histoire institutionnelle et matérielle des lieux de savoirs, du cabinet de curiosité aux sociétés savantes, en passant par les bibliothèques universitaires et privées, et les salons et les clubs urbains. Par opposition, il serait intéressant de comparer la diffusion des savoirs rationnels, expérimentaux et scientifiques à la résistance de la tradition locale, au folklore et à la superstition, dans la veine du Counter-Blast to Tobacco (1604) mais aussi la Daemonologie (1597) de Jacques VI d’Écosse (qui deviendra Jacques Ier d’Angleterre), des dernières chasses aux sorcières de la fin du XVIIe siècle, ou des écrits anti-immunologiques du siècle suivant.

Les études de genre qui interrogeront la place des femmes lettrées, de l’écriture, et des savoirs féminins sont particulièrement bienvenues, qui pourraient mettre en évidence à la fois les contributions des femmes à cette modernité scientifique et commerciale (comme consommatrices et investisseuses) et leur marginalisation hors des lieux de production et de diffusion des savoirs par un ordre patriarcal qui, à la même période, mobilise le discours scientifique pour assujettir les femmes ou mettre un frein à leur autonomisation par l’éducation.

Plénière confirmée : Lauren Working, University of York.